La ligne du bonheur
Ils en rêvaient depuis 245 kilomètres, et ils l’ont
enfin vu à Tazzarine. LA ligne d’arrivée, comme
chaque année, donne lieu à des scènes d’émotion
intense. Les nerfs lâchent, et le sport retrouve toute sa raison
d’être. Ahmed est venu depuis Annif, à 70 kilomètres
de là, juste pour voir les frères Ahansal arriver main
dans la main et avec le drapeau rouge et vert.
Quelques minutes plus tard, c’est Lhoucine Akhdar et Samuel
Bonaudo qui, eux aussi, se donnent la main pour franchir la ligne.
Ils sont accuillis par un orchestre de l’Atlas, acoustique
mais énergique. Les coureurs se mettent à danser avec
le groupe de musique. Ils leur reste donc de l’énergie.
Marco Olmo, vétéran italien et végétarien
convaincu, fait comme d’habitude : il se met sur le ventre
et il embrasse le sol. Il pense sans doute à tous ces kilomètres
avalés sur le chemin de son travail, en courant. C’était
là sa méthode d’entraînement. Le français
André Sicot arrive en trombe sur la ligne. Emporté par
son effort, il percute Patrick Bauer, venu lui remettre sa médaille.
L’impressionnante Simone Kayser et son mari, eux, passent la
ligne en valsant dans les bras l’un de l’autre. On ne
compte plus ceux qui pleure pendant les derniers mètres :
Gérald Batchon, Frédéric Balard, Fabrizio Polinelli,
Bernard Magnan, Nicolas Autret, Gerard Junker, Amanda Heading…et
le très émouvant brésilien Mozart Santos Junior.
Dominique Daste embrasse longuement Patrick Bauer.
Il y a aussi ceux qui poussent des hurlements libérateurs,
des hululements de joie, des braillements de bonheur : Paolo Barcimini,
Karim Sasse, Michel Odent.
Andrew Abt est arrivé en faisant l’avion, et a adressé une
prière au Bon Dieu. Autre britannique, Jonathan Ratcliffe
a revêtu une cape de superman pour les derniers mètres
et Jean Luc Garcia – pour sa part, un casque Gaulois. Dans
le rayon des délires de fatigue et de bonheur, nous vous proposons
en vrac : les autrichiens Fried Michael et Josef Mayerhofer, qui
ont marché à quatre pattes, Hervé Demirjian,
qui a fait des zig-zag pendant les derniers mètres, comme
si la course n’était pas assez longue. Les sprinteurs
des deniers mètres (Yannick Jallais, Howard Gareth, Pascal
Schaffner), les amateurs de marche arrière, ceux qui font
des petits pas, etc…
Les chinois arrivent enfin. Pour eux, la course a été longue
et difficile mais ils terminent tout de même groupés,
et surtout heureux.
Et lorsque Michel Bach et Didier Benguigui, malvoyant, arrivent,
et bouclent leur troisième marathon ensemble, l’émotion
est palpable.
Patrick Bauer remet la médaille également au chameau
et aux chameliers qui suivaient le dernier coureur. Après
tout, eux aussi ont marché pendant la totalité de l’épreuve…Et
avec des sandales, s’il vous plait… |